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lundi 9 décembre 2013

Vous et moi, une histoire qui s'écrit tous les jours.



Je suis dans l'hiver comme dans un duvet, à la belle étoile, auprès d'un feu de camp. Seule ma tête dépasse, les yeux fixant le ciel et sa myriade d'étoiles. C'est un hiver de plus, une saison qui s'additionne à ma vie. Qu'en ai-je fait d'ailleurs ? Qu'ai-je accompli d'important ? Qu'est-ce qui me survivra ?


J'entends d'ici toutes vos réponses, vous les gens que je croise régulièrement et que j'installe face à moi : "MES ENFANTS". C'est souvent votre première réponse, ce qui vous semble le plus important. Puis vous évoquez le matériel : votre appartement, maison de campagne, entreprise…Et ce qui ne s'achète pas : "J'ai légué à mes enfants mon énergie, mon savoir, mon amour, en essayant d'éviter de leur transmettre mes peurs, mes angoisses, mes échecs."
J'aime la sincérité que vous mettez dans vos phrases, la lumière qui brille dans vos yeux, le nœud qui serre quelquefois vos gorges, vos mains qui s'expriment autant que votre bouche. J'aime aussi bien vos larmes que vos sourires, parce qu'ils sont vrais et qu'ils prouvent toute la confiance que vous m'accordez.

Ma réponse est différente de la vôtre, mais complémentaire: Après moi, resteront DES LIVRES, une multitude d'histoires que j'aurai écoutées, ressenties puis écrites. Celles de vos familles, de votre parcours, de vos amours, de vos ancêtres.
Il est important que vous et moi cohabitions dans ce monde où tout va si vite, pour ne pas oublier qui nous sommes, ce que nous avons fait et ce pourquoi nous marchons.

Il y a aussi tous ces romans, ceux que j'écris et ceux que je vous aide à mettre au monde. Ils représentent un rêve incroyable que vous et moi avons pu exaucer.
À travers toutes nos réalisations, je vis une existence extraordinaire, celle dont j'osais à peine rêver enfant, à la belle étoile, auprès d'un feu de camp… une vie d'auteur.

mercredi 18 septembre 2013

Coach pour auteurs


Être votre coach…

C'est avant tout vous rencontrer, découvrir vos passions, vos intérêts, vos qualités et même vos défauts.
Mon objectif : vous accompagner à la ligne d'arrivée, au point final, avec un sourire de vainqueur.
Mais avant de songer à une éventuelle édition, il faut penser à l'essentiel : écrire ! Et encore avant, il faut rassembler vos idées, les trier, en vue d'établir un plan.
Vous me direz que certains grands auteurs se passent d'un plan et rédigent à l'instinct. Si mon interlocuteur en éprouve le souhait et s'il s'en sent capable, je le soutiens dans cette démarche, même si je la trouve risquée.
Il est temps de passer aux choses sérieuses : la rédaction de votre roman, une aventure trépidante et enivrante qui réclame discipline, imagination, discernement, folie et passion.
Mon rôle est de vous laisser vous exprimer, sentir votre texte et vos personnages, mais aussi de vous recentrer, vous corriger, vous faire prendre conscience de vos répétitions et de vos travers, de l'utilisation trop fréquente de certains verbes, de participes présents, ou de phrases à rallonge. Tout cela dans la joie et la bonne humeur bien sûr. Inutile de rendre la correction humiliante, mais plutôt constructive et amusante. Surtout quand on sait le courage qu'il faut aux auteurs une fois leur roman achevé.
En effet, le combat que vous allez mener à présent en envoyant votre manuscrit aux éditeurs, est cruel : lettres de refus impersonnelles, critiques blessantes… 
Accrochez-vous ça va faire mal, vous voici dans la jungle de ceux qui voient des chiffres là où l'on rédige des mots. 
Mon rôle aura été de vous y préparer pendant toute notre collaboration et de ne pas vous faire perdre espoir. Ne soyez pas accablés par des jugements d'éditeurs auxquels vous ne correspondez pas, ils n'ont pas la science infuse et n'ont pas les moyens de tout éditer.
Ils n'ont pas le droit pour autant de vous faire perdre l'envie d'écrire !
Vous n'êtes peut-être pas un grand auteur, mais vous avez le mérite d'avoir écrit un roman et cela n'est pas donné à tout le monde.

mercredi 10 juillet 2013

Son premier roman



Il y a longtemps que je voulais vous parler de Mr H, un de mes fidèles auteurs que j'ai le plaisir d'accompagner depuis plus d'un an pour la rédaction de son roman.

Lors de notre premier rendez-vous, il n'avait aucune idée de ce qu'il pouvait écrire. Il savait qu'il avait une facilité dans ce domaine, qu'il était capable de rédiger des textes à la demande, d'ailleurs c'est souvent lui qu'on choisissait pour écrire tout style de discours, ou même de contrats. Oui mais après ? Que fait-on de ce talent ?

C'est là que j'interviens.

Après l'avoir interrogé sur ses envies, ses projets, ses convictions, puis lui avoir fait rédiger de nombreux essais, j'ai vite compris que Mr H était capable d'écrire un roman. J'ai senti le vertige dans son regard lorsque je lui ai appris que nous allions démarrer l'aventure.

Quel thème choisir ?

Quel héros ?

Quelle histoire ?

Quelles intrigues ?

Comment démarrer le récit ?

Comment enchaîner les passages entre eux ?

Après trois séances, la machine était lancée, Mr H se découvrait écrivain. Cette fois ses yeux brillaient avec intensité.

Nous voici aujourd'hui à quelques mètres de la fin, quelques 300 pages rédigées et l'histoire merveilleuse de Ben Lorssen, un adolescent comme les autres, à quelques détails près… Ben découvre une nouvelle ville, de nouvelles connaissances, dont Estelle qui sera sa "première fois", ainsi que Georges, surnommé le Cahut, le SDF de la région, qui deviendra son ami.

Avant que le texte de Mr H ne trouve les mains d'un éditeur, je vous laisse découvrir un extrait de son premier roman  "Saison":

"La chambre de Ben donne sur le jardin, à l'arrière de la maison. Le terrain est tout en long. Il remonte la pente en terrasses sur trois niveaux, séparées par des rocailles mêlées aux massifs de fleurs. Les maisons des Hauts sont restées inhabitées plusieurs années sans trouver preneurs, aussi les jardins ont-ils eu tout le loisir de prospérer. Les rosiers ont formé d'impénétrables buissons et les jeunes arbres fruitiers, palissés en haies tout au long des terrains voisins, donnent de beaux fruits qui contrastent avec les branches graciles.
Au bout de la troisième terrasse de gazon, tout en haut du terrain, se trouve une caravane toute ronde, couleur aluminium. La vieille caravane Airstream est garée là. C’est devenu une relique, que Monsieur Lorssen avait achetée quand les enfants étaient petits, du temps où il rêvait encore de bohème. Elle n'est plus guère utilisée, mais jusqu'à sa dernière promotion, le père de famille l'entretenait encore de temps en temps. Il la maintenait prête à reprendre la route, par nostalgie. Derrière l'Airstream, se trouve une double porte permettant d'accéder à un chemin de terre, qui longe un immense verger.

Ben, sur la terrasse, une canette de Coca à la main, profite de cette fin d'après-midi pour découvrir plus en détail le jardin familial. Dos à la maison, il grimace en regardant à droite l'affreuse potence en forme de parapluie déjà installée par Madame Lorssen pour le séchage du linge. L'engin a été installé dans un renfoncement du jardin. Bien que proche de la maison, il est par bonheur hors de vue de la baie vitrée du salon, note l’adolescent avec soulagement. Ben trouve insupportable cette manie maternelle d'exposer leurs affaires personnelles, notamment ses slips et ses chaussettes, mais aussi les dessous de sa mère, à la vue directe des invités ou des voisins ! Une chose est sûre, si des amis à lui viennent un jour à la maison, il prendra soin de les arracher de là.

Cette réflexion faite, Ben s’intéresse à la caravane trônant au fond du jardin et grimpe les terrasses végétales. Au passage, il caresse du dos de la main la peau pâle et rosissante d'une poire déjà mûre, prête à tomber au sol. La lumière du soir jette des reflets flamboyants sur le toit de l’Airstream. Au loin, Ben observe le soleil pénétrer doucement la forêt. Il voit peu à peu les branches d'arbres zébrer le cercle parfait du soleil. Immobile, face à ce spectacle qui lui semble projeté pour lui seul, il attend que la forêt ait englouti le disque lumineux pour basculer la poignée et ouvrir la porte de la caravane.

Une odeur confiturée de cuir, de plastique et de bois ciré, l'enveloppe à son entrée dans l'Airstream. Des rideaux en crochet filtrent la lumière dorée et faiblissante du dehors, donnant à ce simple intérieur une intensité surréaliste, comme s'il était suspendu dans l'espace et le temps. Ben contemple la simplicité rêvée de ce spectacle.

La douceur de la température, la sensualité de la lumière, alanguissent son corps et ramènent ses pensées vers Estelle, sa nuque en nuage et la blancheur de sa peau sous la jupe virevoltante. Son esprit reconstruit en pensées les parties manquantes du corps d'Estelle, ses épaules rondes que les bretelles de son soutien-gorge doivent marquer un peu, son cou, le léger et progressif gonflement à la naissance de sa poitrine, la courbe affolante de ses seins lourds, l'arrondi de leur galbe vu de dessous, sa taille marquée comme pour mieux la tenir des deux mains. Prenant son temps, baigné dans cette ambiance irréelle, Ben entreprend de caresser mentalement Estelle. Il imagine à présent ses jambes, la peau sensible à l'arrière de ses genoux, infiniment soyeuse, ses cuisses rondes mais fermes, le duvet blond de son sexe, plus fin encore que celui de sa nuque...

Un bruit venant de la porte restée ouverte de l'Airstream, détourne son attention et stoppe sa folle excitation. Sa mère est en train de monter dans le jardin depuis la maison.  Le claquement de ses chaussures sur les pierres des escaliers projette Ben debout sur ses pieds. Il sort précipitamment, atterrit sans bruit sur le gazon, et referme avec précaution la porte de la caravane. Tentant de prendre un air dégagé de promeneur du soir, il marche le long de la clôture du jardin et simule la surprise en voyant sa mère arriver vers lui."

mardi 24 juillet 2012

Un coach pour écrire !

Vous êtes nombreux à souhaiter un « coaching » dans vos projets d’écriture, il fallait donc que je vous raconte comment se déroulent ces travaux d’accompagnement.

Lorsque vous m’appelez, bien souvent je sens chez vous une envie profonde de changement…
Vous souhaitez vous consacrer à ce qui vous anime le plus depuis ces dernières années : l’écriture ! Chaque temps libre, chaque minute volée, chaque désistement, chaque échappée solitaire, sont utilisés dans cette optique.
Un texte par ci, un poème par là, même une chanson, oui mais pourquoi pas un roman ?
Une force indicible vous pousse à l’écrire, mais vous n’osez pas vraiment, effrayés par le mythe qu’incarnent le ROMAN et l’ECRIVAIN.
Le temps de notre première rencontre, vous m’exprimez toute la passion qui émane de vous lorsque vous écrivez et à la fois votre immense frustration à ne pas savoir comment procéder pour construire votre récit (fictif ou autobiographique). Un vide abyssal vous tétanise au point de vous arrêter bien souvent en cours de route, ou encore vous empêche de commencer.
Puis notre travail faisant, nous créons votre histoire et ses personnages, nous montons une ou plusieurs intrigues, nous construisons un plan pour ceux qui ne l’ont pas fait et enfin je vois l’espoir briller de nouveau dans vos yeux, comme des enfants à qui j’aurais dit : « Ça y est vous pouvez prendre vos cadeaux ! ». Emerveillés vous progressez dans l’écriture de votre roman tout en suivant le plan et les indications vus durant nos séances de travail.  
Je suis fréquemment estomaquée en lisant vos textes, dans lesquels brillent tous les espoirs endormis depuis de longues années. Bien sûr je vous corrige, je vous oriente afin de ne pas perdre le fameux fil d’Ariane que nous avons conçu ensemble, cependant vous êtes enfin libres d’écrire autant que vous le souhaitez dans un but précis. Vous découvrez l’astreinte de la réécriture, mais aussi et surtout la magie incroyable de créer des personnages qui vivent grâce à vous ! Vous avez réussi l’impensable : votre roman est abouti et vous vous sentez pousser des ailes dans le dos, rien de plus normal vous êtes devenus des créateurs doublés d’artistes…
Mais attention vous n’êtes pas encore édités et ce chemin réserve pléthore d’embûches et de désillusions. Nombreux sont les appelés, rares sont les élus. Vous devez donc être armés de patience et de volonté féroces pour aborder ce monde impitoyable de l’édition.
Un seul point doit vous animer cependant : votre plaisir d’écrire.

mardi 29 novembre 2011

Roman, football et littérature !

Le rêve de Laurent L. était d'écrire un roman, il avait une ligne conductrice : un footballeur professionnel, la prison, la réinsertion...
Nous en avons fait un roman palpitant et singulier !

Extrait de « La balle aux prisonniers n’est pas un jeu »
 
La prémisse de l'histoire :

Yann Massau, un footballeur professionnel se fait quitter brutalement par sa femme. Anéanti par cette nouvelle, la veille d'un match de championnat de France, il commet une grave faute et se fait expulser du terrain. S'en suit une descente aux enfers vertigineuse, au point d'atterrir en prison, alors qu’il est innocent. Pour ne pas sombrer entièrement, il aura l'idée géniale de créer un concept de réinsertion par le football. Grâce à cela le vent tournera et Yann Massau connaîtra une gloire encore plus grande que celle qu’il connut jadis.

Extrait du Chapitre 3 :
36, quai des orfèvres. C’est donc ça ! Tout est vieux dans ce bâtiment, ça pue et je me demande bien comment des locaux de police peuvent rester dans un tel état de délabrement. Travailler dans de telles conditions ne laisse rien présager de bon.
      Au bout d’un temps infini attaché à la tuyauterie d’un couloir recouvert de formica, le nabot revient me chercher :
-        Allez, on file à la séance photo ! ça te connaît les shooting, non ?
-        Ecoutez, je ne sais pas de quoi vous m’accusez, mais je vous jure sur mon honneur que je n’ai rien fait de mal.
      Je tente par tous les moyens de planter mon regard dans le sien ; je veux que ce type me dise pourquoi je suis là, mais au lieu d’une réponse, j’entends :
-        Ne me parle pas d’honneur, tu vas me faire chialer !
      Tout en me parlant, il me détache du tuyau et m’emmène dans une pièce bien glauque, en resserrant les menottes sur mes deux poignets. Je me retrouve le dos plaqué au mur, face à l’objectif - la photo ne sera pas terrible ! Trente seconde après, un fonctionnaire de police vient me chercher pour me mettre en cellule. Le bruit des trois verrous qu’il ferme derrière moi, fait le bruit le plus insupportable que je n’ai jamais entendu, un bruit sourd et glaçant qui me fait dresser les poils sur le torse ! Je découvre pour la première fois l’enfermement et rien à voir avec celui que je me suis infligé en restant des jours chez moi, celui-ci est subi, sans issue, sans clé, il a le goût de l’humiliation, il est froid et angoissant. Aucun appel au secours n’est autorisé et lorsque je demande d’aller aux toilettes, on met un quart d’heure avant de daigner ouvrir ma cellule. Je profite de cette présence pour soutirer des informations :
-          Combien de temps vais-je pourrir ici ?
-          J’suis pas au courant.
-         Est-ce que je peux passer un coup de fil ? J’ai le droit d’appeler un avocat ! Dis-je en imitant des répliques de film ; persuadé que le cinéma traduit la réalité.
-          Plus tard.
-          C’est quand plus tard ?
-          T’avais pas envie de pisser ?
      Celui-là est encore pire que les autres ; son indifférence frise l’autisme ! Pragmatisme : aller aux toilettes plutôt qu’obtenir une réponse. On ne sait jamais, je pourrais être privé des deux. Interdiction de fermer la porte, pas besoin de papier non plus, ces chiottes turques sont une pure infection. J’ai la nausée en inspirant cette odeur acide et fétide. Au risque d’éclabousser mes baskets sans lacet, déjà maculées, je préfère ne pas regarder ce trou pestilentiel. Mais comment puis-je me retrouver dans un tel gouffre ? Que s’est-il passé dans ma vie pour que je sois aujourd’hui dans les chiottes immondes d’un commissariat, alors que jusque là, j’avais pour habitude de poser mon cul dans des toilettes luxueuses qui sentaient le jasmin ou le cèdre ? Pas question de se laver les mains, bien sûr ! C’est plus fort que moi, il faut que je gueule :
-          Putain, je n’ai rien fait. Laissez-moi partir !
      Le gardien me regarde impassible et me ramène dans la cellule où une prostituée est installée sur l’un des deux bancs. Elle me sourit, j’aurais préféré qu’elle s’en abstienne : il lui manque deux dents ! Je reste courtois malgré tout :
-          Bonjour.
-      Bonjour mon lapin ! Quel honneur de se trouver en cellule VIP ! J’adooore ! Dit-elle en croisant les jambes.
      Puis, elle se lève pour venir vers moi et tout me serrant la main, elle se présente :
-          Je m’appelle Mado …
-          Yann. Annonçais-je froidement.
-        T’es moins souriant qu’à la télé mon lapin, mais je ne t’en veux pas, c’est pas drôle de se retrouver là. Je suis bien placée pour le savoir. Mais tu sais si tu ne prends pas ton mal en patience, tu peux tourner dingue.
      Je n’ai pas envie de lui répondre ; j’ai besoin de silence et surtout j’ai envie de sortir.
-          T’es là pour quoi mon lapin ? Dit-elle en allant se rasseoir sur son banc, face à moi.
-          C’est une erreur, m’appliquais-je à dire.
-         Je vois, fit Mado en se tripotant une mèche de ses cheveux blonds paille. On est tous là par erreur…
      Je suis sauvé, elle ne parle plus pendant quelques minutes, elle estime peut-être avoir déballé tous ses précieux conseils. Ce n’est pas pour autant que je vais mieux ; j’ai la tête entre mes mains, je la masse doucement pour calmer la douleur. J’en viens à préférer le son de la voix de Mado, au silence vertigineux de cette cellule. En levant les yeux vers elle, elle me lance un clin d’œil plein de compassion.
-          Hé ouais mon lapin, faut s’accrocher ! Plus tu viens du haut de la montagne, plus la chute est sévère. Moi je ne me fais jamais bien mal, vu d’où j’viens !
-          Vous venez souvent ici ? Dis-je comme si je parlais d’une habitude possible.
-          Oh disons une fois par mois environ. Ça les réconforte de me mettre en garde à vue pendant une nuit, ils ont l’impression d’appliquer la loi comme ça. Mais ce qu’ils ne comprennent pas c’est que, s’il n’y a plus de femmes comme moi, la société risque d’avoir de sérieux problèmes.
      Interloqué, je la laisse parler, persuadé que ses histoires finiront par me distraire. Elle continue :
-      Mes p’tits clients, s’ils n’ont personne qui veulent bien les « recevoir », ils trompent leurs femmes avec la meilleure amie, ou avec la secrétaire ! Et ils peuvent tout planter du jour au lendemain sur un coup de tête, en laissant femme et enfants. Vaut mieux un p’tit coup avec la Mado, non ?
      Elle s’arrête et me fixe droit dans les yeux :
-         Mais toi mon lapin, qu’est-ce que t’as bien pu fabriquer pour en arriver là ? C’est forcément une histoire de bonne femme. J’suis pas une folle de foot, mais quand même, j’connais un peu. Et pour qu’un p’tit gars comme toi, sans histoire, en arrive à foutre une praline en plein match, faut vraiment qu’on t’ait chauffé les noisettes, hein ?
-          Vous n’êtes pas psy, plutôt que …
-          Pute ? C’est pareil mon lapin, on fait le même métier.
      Même si je n’ai aucune envie de rire dans cette cage, j’esquisse néanmoins un sourire à cette femme au physique tellement vulgaire, mais à la langue bien pendue et à l’esprit vif !

J’ai mal partout, je n’ai pas dormi, ma bouche est asséchée au point de ne plus avoir une goutte de salive. Je rêve d’une brosse à dents et d’une douche ! On ne me propose rien de tout ça, dès 8h, on m’amène au fourgon cellulaire ! Ce camion est dégueulasse : des traces de morsure et de morve sur les grilles. Je n’ose pas bouger de peur d’attraper une saloperie. Mon voisin de gauche grogne comme un animal et celui de droite hurle comme un forcené qu’il va tout faire péter s’il n’est pas libéré immédiatement. Nous sommes en route pour le tribunal. Mon cas s’annonce critique. Le procureur a voulu s’occuper personnellement de mon cas, certainement parce que ma notoriété lui plaît à lui aussi. Je sais à quel point, ils sont tous excités à l’idée de juger une affaire comme celle-là, croustillante à souhait : un footballeur professionnel, une association de malfaiteurs, un tableau volé, de la coke, on mélange le tout et ça fait une belle et grosse affaire judiciaire.
      Jusqu’à ce jour, je peux affirmer n’avoir jamais su ce que voulait dire l’humiliation. Se faire huer sur un terrain par la foule, ne vaudra jamais ce que je suis en train de vivre : à poil, les jambes écartées, on m’ordonne de tousser, au cas où je dissimulerais un quelconque objet. Je voudrais tout briser autour de moi, la honte me fait haïr ces trois mecs qui m’ont foutu dans un tel enfer ! Je me sens comme un animal traqué et je n’ai qu’une envie me terrer au fond d’un trou pour ne pas affronter les regards de ces flics qui me demandent de montrer mon cul. J’ai honte, j’ai peur de devenir violent si l’acharnement ne cesse pas très rapidement. J’ai beau répéter que je suis innocent, que je suis une victime dans cette affaire, on se fout de moi.
      J’attends dans les sous-sols du tribunal, au dépôt, l’antre poisseux et moyenâgeux qui se trouve sous la belle île de la Cité ! Je n’aurais jamais soupçonné en m’y promenant, que de tels bas-fonds puissent exister sous mes pieds !
      La crasse ne me quitte pas depuis mon arrestation, depuis que la semelle d’un flic s’est essuyée sur mon visage. Tout ce que j’approche depuis cet instant est innommable : les gens comme les lieux, tout pue, tout respire la mort. J’attends la rencontre d’un énième prédateur, le passage du contre-interrogatoire.
      Cet avant-goût de prison me glace les sangs ; j’ai froid derrière les barreaux de cette cellule humide dans laquelle on m’a enfermé. J’entends les autres déférés comme moi qui s’agitent, crachent ou gueulent leur peur, leur haine et leur impatience de sortir. La panique est contagieuse comme la peste sur les rats.
      Il faut que je me réveille, qu’on me délivre de ce cauchemar ! Je tourne sur moi-même au milieu de ce cachot obscur dans lequel se trouve une planche pourrie qui doit me servir de lit et au fond, un trou nauséabond dans lequel je suis sensé déféquer, pisser ou vomir !