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dimanche 10 mars 2013

Recherche directeur de théâtre

Lisez & écoutez...

J'aurais adoré savoir écrire cette pièce intitulée "Chambre d'ami", aborder avec autant de talent ce thème du SDF, mais aussi celui du couple qui s'essouffle, du chômage qui pointe son nez, comme ça sans prévenir et qui bouleverse tous vos codes, toute votre vie que vous croyiez jusque-là solide.
Mais ce n'est pas moi qui en ai eu l'idée et le talent.
Celle qui a écrit, mis en scène et même joué le rôle de "ELLE" s'appelle Florence Huige.
La plume acérée, sensible et drôle parfois, l'auteure décrit l'histoire d'ELLE, une femme mariée à "LUI", un médecin très accaparé par ses fonctions et obnubilé par le menu du dîner. Au chômage, "ELLE" a du temps…

Ecoutez : Monologue ELLE
 
Du temps pour se balader, pour cogiter, déprimer et finalement rencontrer PI, un SDF qui harangue les passants. Elle ne le reconnaît pas immédiatement, parce qu'on n'est pas censé reconnaître un ex petit-ami mendier en bas de chez soi. PI l'arrête comme il arrêterait n'importe quel autre passant, ivre il lui demande de l'argent et part dans un savant et bruyant monologue.
 

PI ne le veut pas, pourtant ELLE le reconnaît, lui l'ancien PIERRE, celui qui fut son grand amour. Impossible de nier l'évidence plus longtemps, il la remet à son tour. Partagé entre l'humiliation et l'envie d'assumer cette vie marginale, PI se débat avec insolence.
Après quelques rencontres, ELLE prend sa décision, demande vaguement l'autorisation à son mari et décide de refaire la chambre de leur fille adulte, en chambre d'ami pour y accueillir PI quelques temps…
Rencontre entre le mari et l'ex-conjoint de sa femme devenu SDF
Dialogues irrésistibles et cruels :
 

Une folle envie de le retrouver pour se retrouver :
 
Ecoutez : Pi & ELLE

Régalez-vous, partagez, et si vous le pouvez, trouvez-lui une scène ! Au théâtre Edouard VII, Marignan, Saint-Antoine, La Michodière, le Palace, n'importe, mais il faut que "Chambre d'ami" soit jouée !

jeudi 8 novembre 2012

Les derniers jours de Stefan Zweig



Faut-il avoir lu l'ouvrage de Laurent Seksik racontant le dernier amour de Stefan Zweig, écrivain des temps modernes, et de Lotte Altman, sa jeune épouse souffrante ?Peut-être pas.
Faut-il avoir été séduit par les œuvres du célèbre auteur pour apprécier cette pièce et mieux ressentir le désarroi des derniers jours de Zweig ?
Je n'en suis pas certaine non plus.

Faut-il savoir que c'est avec désespoir qu'il a perçu la montée du nazisme et la menace d'un nouveau conflit à la fin des années 1930, que l'auteur du "Joueur d'échecs" a fui l'Europe pour le Brésil ?
On le comprend parfaitement dans la pièce.
Les acteurs se suffisent à eux-mêmes et nous font voyager dans leur tourmente avec brio.
Oubliez Patrick Timsit et son humour habituel, sur les planches du théâtre Antoine, sa neurasthénie et sa souffrance, vous colleront à la peau.
Oubliez la belle et séduisante Elsa Zylberstein, pour admirer Lotte, son abandon, sa douce folie et sa passion pour son écrivain.

Si je ne devais retenir qu'un seul rôle dans cette pièce dramatique, ce serait celui d'Elsa Zylberstein... merveilleuse dans ce jeu, bouleversante de sincérité. Tout nous fait mal : ses cris, sa naïveté, sa candeur, ses rires, ses pleurs, son admiration sans limites pour son homme, sa jalousie et même sa minceur qui nous heurte.

Elsa Zylberstein m'a fait penser à Nicole Kidman interprétant Virginia Wolf, dans ce film fabuleux "The hours", cette même coiffure ingrate : avec ses cheveux plaqués et attachés en chignon bas et cette raie au milieu, avec ce même désenchantement final et cette folie qui n'est pas animée par la même tourmente, mais qui déchire le personnage de haut en bas.
Allez voir cette pièce, pour un devoir de mémoire certes, pour Zweig évidemment, mais aussi pour les deux acteurs principaux : Timsit et Zylberstein.

N'ignorons pas les trois autres personnages secondaires qui ne déméritent pas : Jacky Nercessian (juste et touchant dans son rôle tant cynique que sympathique), Gyselle Soares (parfaitement expressive, malgré son incapacité à parler la langue de ses nouveaux maîtres) et Bernadette Rollin (abominable logeuse)

Tout s'arrête ici à Pétropolis, le 22 février 1942…

vendredi 20 mars 2009

"Je m'voyais déjà"



Je voulais me sortir « HAIR » de la tête !!!
Ma requête a été entendue, puisque l’on m’a invitée à la comédie musicale « Je m’voyais déjà ».
Je n’ai pas été un bon public pour le premier spectacle, je l’ai été pour le second.

J’étais pourtant sceptique quant aux reprises d’Aznavour, qui pour moi ne sont pas à reprendre. Ne sois pas sectaire et laisse-toi porter, ai-je pensé.

Surprise tout d’abord par les interprètes, je me suis laissée approcher par les doyens de ce show, Véronique Rivière et Pablo Villafranca. Leurs voix graves m’ont assise avec puissance, un effet instantané sur la peau ! Une chaire de poule de tous les diables s’est jetée sur mes bras.Puis ce sont les décors qui m’ont intriguée, je les ai trouvés bien pensés et originaux, pour finir par me fondre totalement parmi les scènes successives ; ils apportent précision, humour et crédibilité à toute cette comédie ; en effet les panneaux affichent des photos qui parlent et soudain c’est la ville de Paris qui vit. Une rue, un appartement, une vue sur la tour Eiffel, un frigo et un poulet cru qui s’envole…

Puis doucement la jeunesse se livre, l’actuelle société et ses clichés : un beur, une black, une grosse, un gay, un hétéro, tout le monde est là ! Ça sent l’ouverture d’esprit, la gauche aussi et Ruquier surtout, mais ce n’est pas désagréable, loin de là.
Que de belles voix, discrètes et justes lorsqu’elles sont mêlées les unes aux autres, puis tout à fait charismatiques et poignantes en duo comme en solo.

C’est un spectacle étonnant, des voix riches, une mise en scène tout à fait singulière, un tout qui nous donne envie de rester encore, de les applaudir plus longtemps, de faire trembler le sol aussi fort qu’on a aimé les écouter.

lundi 2 février 2009

Samuel & Alexandre sont vivants !







Lire et ne pas réciter.
Lire pour savoir incarner les personnages d'un roman et non pas ceux d'une pièce de théâtre,
Un dialogue sans tiret,
Un duo sans duel.





C’est Lambert Wilson qui s’élance
Et toutes les phrases de l’auteur sont devenues siennes
Sans doute parce que c’est une histoire d’hommes, parce qu’il les entend parler.
Il incarne Samuel & Alexandre avec l’intonation que l’on espérait en lisant ce roman.
Rien ne le choque, ni le bouscule,
Les mots dansent sur ses lèvres, les plus sensés comme les plus impudiques.
L’impertinence d’Alexandre lui chante l’alto dans la gorge, l’innocence de Samuel lui réveille ses aigus.
Wilson ne lit plus son texte sur les longues planches foncées des bouffes du nord, mais partage une coupe de champagne avec deux amis.
Assis sur le sable froid, il contemple lui aussi une nuit sans étoile, espérant entrevoir le soleil de minuit.

Puis c’est Fanny Ardant qui doit poursuivre, comme une intruse parmi tant d’hommes.
Elle n’incarnera pas, elle commencera par lire « Samuel et Alexandre ».
Ils sont antipathiques, ne la laissent pas s’approcher, l’interpellent amusés parce qu’elle essaye.
Ils tournent autour d’elle, comme deux sales gosses qui chahutent une nouvelle fille dans la cour de récré.
Lorsqu’elle leur échappe.
Ils n’ont rien vu : Fanny Ardant les a embrassés.
D’abord ils rougissent, parce qu’elle n’est pas timide en réalité et parce que les baisers de Fanny Ardant sont troublants évidemment !
Bons joueurs, Samuel et Alexandre se laissent apprivoiser comme deux garçons faciles.
Puis se laissent griser par cette voix, cette divine et bouleversante voix.
Après le casino, la main passe aux femmes, elle et Jeanne,
Elle est Jeanne.
Elle est toutes les femmes à côté de tous les hommes.

Alors que, timidement, humblement, il doit répondre aux applaudissements,
Francis Leplay embrasse Lambert Wilson et Fanny Ardant avec les mains tremblantes, le cœur gonflé et des mercis plein la bouche.